Il était une fois cent personnes enrhumées. Je les ai toutes connues, comme vous les connaitrez.
Le premier s’avisa pour se guérir de prendre une aspirine, car il croyait encore à la médecine, – le second n’aimant pas d’instinct les médicaments, ingurgita du thé additionné de cognac, selon une vieille méthode de Grand-mère, – le troisième, qui ne croyait que dans les plantes, romarin, bourrache, bardane, prit une tisane et en respira les vapeurs odorantes, jusqu’à en suffoquer, – le quatrième culturiste fanatique et invétéré, se mit sous une douche froide, le matin de bonne heure, – le cinquième, lui, par esprit de contradiction, sinon qu’on lui recommandât, prit un bain chaud, additionné de plantes aromatiques, – le sixième, adepte de Rika Zaraï, marina son postérieur dans l’eau froide d’un bidet, et tout en enflant la joue appela ça ‘bain de siège » ou hydrothérapie, – le septième, qui ne jurait que par les guérisons spirituelles, alla pour se guérir, recevoir le fluide magnétique d’un guérisseur, lui-même enrhumé, – le huitième qui croyait dans les doses infinitésimales, laissa choir, dans sa bouche ouverte, quelques minuscules pilules homéopathiques, – le neuvième ayant lu dans les journaux la découverte d’un vaccin miraculeux, mais bien sûr frauduleux, comme toujours, pour guérir de son rhume s’empressa d’aller chez son médecin, avant que les stocks ne s’épuisassent, – le dixième, qui avait des tendances exotiques, alla se faire chatouiller le fond du nez par les aiguilles d’un acupuncteur chinois, – le onzième avait les poches remplies de tubes d’onguent dont il badigeonnait, de temps sent temps son nez obstrué, – le douzième préféra se faire tripoter la trente-troisième vertèbres par un chiropracteur diplômé…
Quant au centième, il ne fit rien du tout pour guérir son rhume. Il laissa faire la nature, mais intelligemment n’employa aucun remède, et reposa son corps et son estomac, en sautant quelques repas.

Résultat ahurissant et incroyable au premier abord: toutes les personnes enrhumées, sans exception, s’étaient remises au bout de quelque temps ! Toutes s’étaient débarrassées de leur rhume, toutes se rétablirent parfaitement.

Même la dernière personne, qui n’avait eu recours à aucun remède – et qui logiquement n’aurait pas dû guérir, – même celle-ci s’était guérie !

Alors pour avoir le coeur net, j’étais allé les questionner, une à une.

  • C’était l’aspirine qui m’avait guérie, m’avait déclaré la première personne enrhumée.
  • C’était le thé, additionné de cognac, qui m’avait guéri, disait la seconde.
  • C’était la tisane qui m’avait rétabli, disait la troisième.
  • C’était la douche froide qui m’avait guéri, disait la quatrième faites comme moi !
  • C’était le bain chaud qui m’avait guéri, disait la cinquième, etc…

Tous les enrhumés s’étaient guéris par des méthodes différentes parfois même contraires, mais chacun pensait que c’était SA méthode qui l’avait guéri. Et tous pouvaient le prouver, même celui qui n’avait usé d’aucun remède.

La médecine n’a-t-elle pas, elle-même, établi des statistiques pour prouver que tel ou tel médicament était efficace ?

Tout ce que les médicaments sont censés faire, la nature le fait mieux si on lui obéit. C’est la nature qui guérit.